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Typologie des délinquants

Typologie des délinquants :                                                        (Typologie des délinquants)
Typologie des délinquants :
Pourquoi les gens deviennent-ils des délinquants ? De nombreux travaux sur les questions criminelles et l’institution pénale se sont penché sur cette question, au titre desquels il faut notamment retenir ceux d’Austin Turk, un sociologue américain du XXeme siècle.
Dans les années 1960, ce dernier va mettre en lumière l’existence de trois formes d’approches du délinquant qui regroupent la plupart des théories en la matière :

La première tradition

entend approcher le criminel en tant qu’individu : le criminel serait un individu anormal. Cette tradition, dont le précurseur est Cesare Lombroso, implique l’idée que quelque chose dans l’individu diffère de la norme et le pousse à devenir un criminel.
La question qui se pose alors est de savoir ce qui fait qu’un individu est suffisamment différent du reste de la population pour commettre des crimes alors que les autres citoyens n’en commettent pas. Ces théories se focalisent sur l’anormalité du criminel : anormalité anthropologique, biologique, psychiatrique ou de ses traits de personnalité.

La seconde tradition

relève d’une approche du criminel par le contexte social : L’individu deviendrait criminel à cause d’un apprentissage social (par ses parents, ses pairs, ses expériences). La question est : dans quelles conditions je deviendrai un criminel ? on se demande comment une personne que rien à priori ne destine à devenir criminelle est amenée par son environnement plus ou moins proche à prendre une trajectoire délinquante. On se focalise alors sur la marginalité, isolement des gens, l’éducation ou manque d’éducation, le quartier dans lequel ils ont grandi …
Ces deux grandes façons de voir correspondent à un idéal type. Pour Max Weber par exemple, tout le crime s’explique par l’individu anormal ou tout le crime s’explique par le contexte social. Mais en pratique, quasiment personne n’incarne l’idéal type, en réalité on a des personnes qui sont plus ou moins proches d’un idéal type.

La troisième façon d’envisager le problème                                    (Typologie des délinquants)

consiste à dire que les deux premières traditions tentent de répondre à la mauvaise question : avant de se demander pourquoi certaines personnes commettent des crimes, il faudrait d’abord comprendre pourquoi dans un lieu et une époque donnée certains comportements et pas d’autres s’avèrent considérés comme criminels.           .

Cette perspective plus sombre et marginalisée dans l’histoire des idées

est notamment celle du marquis de Sade (qui donna son nom au sadisme) : ayant passé une grande partie de sa vie en prison, il avait dans ses écrits une perspective radicale sur le crime, à savoir « qu’on ne peut pas citer un seul crime qui n’ait pas à un moment de l’histoire été autorisé voir encouragée ». La perspective sadienne va être prolongée dans cette troisième tradition.
Ainsi on peut appeler cette approche la « critique institutionnelle », elle a été identifiée selon plusieurs nom tels que « criminologie critique », « criminologie radicale », « criminologie de la réaction sociale».

Le criminel en tant qu’individu anormal      (Typologie des délinquants)

Au XIXe et pendant la première moitié du XXe siècle, l’expression qui revenait était celle du type criminel, notamment dans le cadre de l’école positiviste italienne. Depuis 1950, les théories modernes utilisent plutôt les termes de psychopathe, sociopathe, personnalité antisociale.

Le positivisme italien      

La pensée pénale moderne, à partir 1789, est très marquée par un courant appelé l’école classique dont les noms les plus célèbres sont ceux de Beccaria (auteur du traité « Des délits et des peines » publié au cours des années 1760) et Bentham (le « père de l’utilitarisme » qui a écrit de nombreux traités destinés à rationaliser le droit à la fin du XVIII eme et début du XIX eme siècle).
Ces auteurs n’étaient pas intéressés par la constitution des hommes : ils partaient du principe que les hommes avaient un libre arbitre et que donc, il ne fallait pas s’étonner que pour parvenir à leur fin ils décident librement parfois de commettre des crimes.

L’école classique était davantage une réflexion sur la justice :

dans la doctrine utilitariste, un acte est juste s’il est utile à la société. Ainsi, Beccaria soutiendra par exemple que la torture et la peine de mort sont injustes car inutiles, puisqu’elles ne parviennent pas à juguler le crime qu’elles prétendent combattre. Le rôle du droit pénal serait alors de fixer des sanctions suffisamment dissuasives pour que les individus soient découragés, dans la plupart des cas, de commettre des crimes.
C’est cette doctrine qui va être la cible de l’école du positivisme italien, dont les principaux tenants sont les juristes Lombroso, Garofalo et Ferri.

Les positivistes italiens s’opposent à l’école classique et vont essayer de démontrer que le libre arbitre n’existe pas,

mais qu’au contraire la plupart des criminels sont des individus anormaux qui diffèrent de la population.  Le constat serait alors que puisque les criminels sont des gens anormaux, ils ne sont pas susceptibles d’être dissuadés. Alors, le droit pénal, au lieu de chercher à les dissuader, devrait se donner pour tâche de repérer les gens les plus dangereux et de les neutraliser, de les maintenir à l’écart à la société.
Le fondateur de l’école positiviste italienne, Cesare Lombroso, est particulièrement diabolisé pour sa théorie anthropométrique du crime, c’est à dire l’idée qu’il était possible de reconnaître les criminels en mesurant la forme et les dimensions de leur crâne :

Dans un prolongement du darwinisme (Darwin, Théorie de l’évolution) Lombroso va soutenir que l’Homme descend du singe,

et qu’il existe une diversité parmi les hommes, et que donc certains ressemblent plus à des singes que d’autres :  il va consacrer sa carrière à étudier la forme des crânes des gens. Son hypothèse est que les criminels endurcis, ceux qu’on n’arrive pas à dissuader par la prison, ceux qui sont multirécidivistes, le sont parce qu’ils ne sont pas assez évolués : c’est le phénomène de l’atavisme, c’est-à-dire la résurgence d’un trait primitif chez un être évolué.

Ce prolongement en particulier du darwinisme a eu un destin sombre au XXeme siècle

puisqu’il a justifié scientifiquement diverse pratiques d’élimination eugénique (le fondateur de l’eugénisme n’est d’ailleurs autre que le frère de Darwin). Il est important de noter que la raison pour laquelle les théories de Lombroso ont été abandonnées en criminologie très vite c’est parce que ses résultats ne pouvaient pas être reproduits par d’autres chercheurs : c’est sur le plan scientifique le projet de Lombroso a été abandonné avant que sur le plan moral cela apparaisse comme inacceptable.

L’idée de la génération suivante, celle de Garofalo et Ferri,

est qu’il est vrai que certains ont de l’atavisme, mais il se manifesterait dans les traits de personnalité et non dans le physique.
Garofalo va continuer le projet de son maître Lombroso en abandonnant l’aspect anthropométrique. Il va employer la notion d’atavisme mais pour décrire non pas des formes de crâne mais des types de personnalité. Pour lui les personnalités ataviques sont celles où l’on voit ressurgir une sauvagerie animale : il va ainsi décrire la personnalité du type criminel comme quelqu’un qui se comporte plus comme un animal : plus d’impulsivité, moins de contrôle de soi (émotions), comportements indécents (violence, sexualité).

Ferri, dans son ouvrage « la sociologie criminelle » paru en 1893,

va vouloir faire la même démonstration que ses prédécesseurs sur le caractère non dissuasif des lois pénales, sauf que pour lui c’est une combinaison de facteurs psychologiques et de facteurs sociaux qui font que même lorsque les lois sont plus sévères les délinquants potentiels ne sont pas dissuadés . Cet ouvrage est important dans la mesure c’est la première fois qu’un chercheur va employer de façon systématique des statistiques pour essayer d’évaluer l’effet des politiques pénales.
Ferri est le plus intéressant des positivistes car il avait une démarche scientifique très moderne : il avance pour la première fois l’idée que les facteurs sociaux, économiques et historiques sont quand même à prendre en compte, qu’ils sont plus importants que ce qu’on pensait.

Le plus intéressant chez cet auteur est la loi de saturation criminelle (1894),

selon laquelle les délinquants ne sont pas dissuadés par les peines. Ferri va être le premier en 1894 à essayer de démontrer par des analyses statistiques que les délinquants ne sont pas dissuadés par la peine : pour cela, il va analyser des données sur tout le XIXeme siècle dans trois pays (France, Italie, Angleterre) et les étudier sous l’angle de la sévérité et de la criminalité.
Il va ainsi démontrer qu’en France et en Italie, alors que la législation est de plus en plus sévère la criminalité a augmenté, alors qu’en Angleterre la législation est moins dure et la criminalité n’a pas augmenté. Cette étude est inutilisable aujourd’hui, mais la technique est un gros progrès dans les sciences criminelles.

Aujourd’hui, il existe très peu de recherches qui continuent exactement la voie de Lombroso.

Tout le XXeme siècle a été parsemé de brefs courants qui, à chaque nouvelle avancée de la biologie, ont cherché à ressusciter l’idée de la « tare héritée » mais n’ont jamais duré.
A titre d’exemple, sont apparues au milieu du XXeme siècle des recherches sur le double chromosome Y avec idée que, puisque les hommes sont plus criminels que les femmes, les doubles Y sont des supers criminels. Cette théorie n’a pas prospéré.

Comme l’analyse Julien Larregue, docteur en droit et chercheur associé au Laboratoire méditerranéen de sociologie

(Aix-Marseille Université & CNRS) , il existe actuellement un réseau d’une vingtaine de chercheurs dans le monde qui se sont nommés « criminologues bio-sociaux » et tentent à partir des banques de données de génétique de chercher les gênes du crime sans être pris au sérieux par la plupart d’autres personnes qui travaillent sur le crime.
En revanche, il existe aujourd’hui deux gros corps de théorie très influents qui travaillent avec comme point d’entrée l’anormalité de la personnalité des criminels : les troubles de la personnalité et la théorie de l’analyse économique comportementale de la notion de goût pour le risque.

Les théories modernes                        (Typologie des délinquants)

  • Les troubles de la personnalité   

A titre introductif, il faut noter il faut noter que la psychiatrie, dont certaines notions sont d’ailleurs maniées
dans la « psychologie criminelle », est une discipline qui connaît un haut niveau de controverse,
comme le montre par exemple les débats intenses autour de chaque nouvelles éditions du manuel
de diagnostic statistique des maladies mentales (DSMM) qui est un manuel international qui contient
une liste de pathologies et de troubles de la personnalité, cette liste étant définie par un certain nombre de critères.
Par exemple, au sujet de l’édition n°5, il y a eu des débats chez les psychiatres sur le fait de savoir
si il existait vraiment de nouvelles addictions telles que celle à internet, à la pornographie ou aux jeux vidéo,
ou encore si le transsexualisme devait être considéré comme une sorte de délire à soigner ou comme
un trouble de l’identité qu’il fallait réconcilier par une opération chirurgicale.

Il est important de comprendre cet élément de contexte sans quoi on ne comprend pas que la notion de psychopathe,

qui a pris énormément d’importance en criminologie au XXeme siècle, ne reçoive pas l’adhésion
de l’unanimité des psychiatres.
Leur rôle même en tant que praticiens de santé est débattu : une partie considère que leur mission
est d’être des médecins et de soigner les gens qui ont une souffrance. Leur rôle dans l’institution pénale
est de soigner, et ils ne considèrent pas que leur rôle est de défendre la société. L’autre partie de la profession,
considère que son rôle est d’informer le public et les magistrats sur le danger que peut causer certaines personnes.

Ainsi, les tenants de la première approche, celle de la psychiatrie de soin, parlent de maladies psychiatriques

(schizophrénie, troubles bipolaires…), tandis que les autres parlent de troubles de la personnalité,
qui ne sont pas des maladies psychiatriques, avec l’idée qu’il y a des traits de personnalité qui se stabilisent
(en général autour de l’adolescence) et qui sont ensuite particulièrement durables, et dans la plupart
des cas ces traits rendent les gens inadaptés à la vie sociale.

Il existe de nombreux troubles de la personnalité,

on peut citer entre autres la personnalité narcissique, la personnalité anxieuse (peur des gens, des situations sociales),
la personnalité histrionique (anciennement hystérique : en permanence dans la séduction, très théâtraux).
Les noms changent souvent car ça devient vite politiquement incorrect. Un psychopathe s’appelle désormais
une personnalité antisociale. C’est la psychopathie qui a le plus gros lien avec la criminalité.
Une définition du psychopathe qui est utilisée dans le système pénal est celle du psychiatre américain,
Robert HARE. C’est la « Psychopathy Check List Revised » (PCLR), un test regroupant une série de caractéristiques
(telles que le manque d’empathie ou le mensonge pathologique) qui permet de donner à chaque personne
un score de psychopathie entre 0 et 20. Ce test est utilisé dans le monde anglo-saxon et notamment d
ans certains états des Etats-Unis pour déterminer la peine (au-dessus d’un certain nombre de caractéristiques
chez l’individu, la peine est doublée).

En France, le centre national d’évaluation situé la maison d’arrêt de Fresnes reçoit les condamnés pour évaluer leur dangerosité

et utilise cette liste de psychopathologie parmi d’autres outils, à ceci près que les évaluateurs s’interdisent
de donner un score numérique.
Cette liste est organisée en trois catégories de critères : la prise de risque, le narcissisme, et l’échec social
(problèmes avec la justice, les parents, l’école).
Il est intéressant de noter que les deux premières catégories ne sont pas des critères qui prédisent un parcours criminel,
mais au contraire une certaine réussite sociale : l’ambition démesurée, le manque d’empathie, la facilité à mentir,
l’hyper-sexualité sont, indépendamment des critères du dernier volet, plutôt des choses que l’on retrouve
chez les gens qui ont réussi leurs objectifs professionnels.

En revanche, la troisième catégorie regroupe

des observations qui décrivent directement une situation d’échec et de marginalité des personnes
(incapacité à garder emploi, etc …).
De cette observation émerge un constat selon lequel les délinquants les plus dangereux seraient les individus
qui avaient une personnalité qui les prédisposait à réussir mais qui se sont retrouvés en situation d’échec.
Pour comprendre ce phénomène d’échec, il faut prendre s’intéresser à la notion de goût du risque dans le contexte criminel.

  • L’analyse économique comportementale et la notion de goût pour le risque

A la fin des années 1960, Gary Becker, qui obtiendra le prix Nobel d’économie en 1992, a imaginé l’application
des outils de la science économique à des questions sociologiques comme le crime, le mariage ou le suicide.
Son propos était de dire que si l’objet de l’économie est bien la production, l’achat, rien n’empêche d’utiliser
les outils éco et les appliquer à d’autres objets. Sa théorie sur le crime reste axée sur l’individu car c’est un micro-économiste,
mais son point de départ n’est pas de dire que le criminel est un individu anormal, au contraire :
l’ambition de Gary Becker est de démontrer que la délinquance n’a pas besoin de théories criminologiques pour s’expliquer : l
es individus commettraient des crimes pour les mêmes raisons et en réfléchissant de la même manière
que pour les autres prises de décisions.

Il expose ainsi le modèle de la micro-économie, qui est celui de l’analyse des décisions d’un agent rationnel :

cet agent cherche à maximiser ce que les économistes appellent son « utilité », c’est à dire à assouvir ses préférences.
Dans cette recherche de l’utilité, il est conduit à faire face à des choix qui ont chacun des coûts différents.
Gary Becker illustre sa théorie par une expérience personnelle : Arrivé en retard à une soutenance de thèse, e
t ne parvenant pas à trouver une place de parking, il s’est demandé quel serait le montant de l’amende s’il se garait
à stationnement interdit. Ensuite, il a évalué le pourcentage de chance qu’il avait d’être verbalisé :
si l’amende est de 100$ et que la chance de subir une contravention est de 10% (1/10 chance)
alors le « coût de ce crime » est de 10 $ objectivement. Imaginons qu’il faille payer 15 ou 20 $ pour le parking,
Becker considère qu’il vaut mieux alors se garer en stationnement interdit.

Dès lors, il va modéliser le criminel, non pas comme une personne anormale, mais comme quelqu’un pour
qui l’espérance du gain est supérieure au coût.

En affinant sa théorie, deux types complémentaires de coûts du crime émergent : le premier coût représente
les opportunités que manquées en privilégiant une trajectoire délinquante plutôt qu’une autre.
Sur ce volet, le modèle de Becker prédit que plus les gens ont d’opportunité, plus ils semblent éduqués
et ont d’opportunités dans le travail, moins ils commettront de crime.
Une deuxième série de coût sont les ceux liés à la sanction, qui se décomposent en deux grandes parties :
la sanction elle-même et la probabilité que cette sanction soit effective.
La théorie de Becker peut dès lors se modéliser par la formule suivante : coût du crime = sanction
(risque x peine) + opportunité

Le criminel à travers son contexte social      

L’anomie    (Typologie des délinquants)

En 1890, dans son livre « Le suicide », le sociologue Emile Durkheim dégage la notion d’anomie, qui correspond à
« un état d’absence de normes, une société où les liens entre les individus se sont effilochés ». L’anomie se produit
lors des périodes de profond changement social et est susceptible de conduire à une envolée des suicides.
Pour Durkheim, l’autre aspect critique de l’anomie, c’est qu’elle apparaît lorsqu’il n’y a pas de régulations sociales
pour orienter les comportements : l’anomie équivaut ainsi à l’absence de normes dans la régulation sociale.

A partir de cette théorie, le sociologue américain Robert King Merton, va développer la théorie de la tension,

une version de l’anomie appliquée au criminel : le postulat de départ s’avère que la culture transmet de façon diffuse
aux individus les fins qui se trouvent légitimes dans une société et à une époque donnée (par exemple l’accumulation de richesses).
Si la diffusion des valeurs relatives à ses fins se fait de façon assez fluide, la remarque qu’avait fait Durkheim s’applique
ici à un deuxième ensemble de valeurs : les valeurs relatives aux moyens légitimes pour parvenir aux fins.
Pour reprendre l’exemple de départ, s’il s’avère légitime, et encore aux Etats-Unis qu’en France, de vouloir se voir riche,
il existe une série de moyens socialement et légalement autorisés pour devenir riche et une autre série de moyens,
comme la violence, l’escroquerie, ou les trafics illicites, qui s’avèrent prescrits.

Pour Merton la plupart des délinquants apparaissent comme des gens qui poursuivent des fins légitimes

mais qui, à un moment dans leur trajectoire, se rendent compte ou du moins développent l’impression, qu’ils ne
parviendront jamais à ces fins à l’aide de moyens autorisés.
La théorie de Merton tend à dire que les individus dans cette situation font face à une tension entre le but
qu’ils veulent poursuivre et l’impossibilité pour eux d’atteindre ce but par des moyens légaux :
le délinquant est alors celui qui ne résiste pas à la tension, et ce notamment parce qu’il est en état d’anomie
et qu’il ne subit pas un flux constant qui lui rappelle à quel point les moyens légitimes sont importants.

L’association différentielle      

Edwin Sutherland (1883–1950), criminologue et théoricien du comportement criminel américain,

publie une thèse en 1947 dans laquelle il développe, en étudiant plus particulièrement les délinquants cambrioleurs,
une analyse à rebours de la théorie de l’anomie : pour lui, les cambrioleurs, au rythme de leurs larcins, connaissent
des processus d’apprentissage technique et de socialisation qui s’apparentent au processus de socialisation professionnelle.
La question s’avère ici déplacée, il ne s’agit plus de se demander pourquoi les gens se trouvent isolés, mais comment
ils s’associent à d’autres gens, à un autre groupe minoritaire.
La théorie de l’association différentielle s’avère intéressante notamment en ce qu’elle prend en compte la criminalité
dite « en col blanc » : là où l’anomie permet d’expliquer ce que Sutherland décrit comme le crime « de rue »
par le chômage, la pauvreté ou l’isolement, elle laisse de côté d’autres formes de crime.

Par criminalité « en col blanc », Sutherland entend viser les violations des normes par les élites.

Ces violations causent des dommages mais qui ne vont la plupart du temps pas se voir traitées par le circuit pénal :
–  parce que leurs auteurs arrivent en trop bonne capacité de les dissimuler,
–  parce que les infractions se trouvent traitées sur des circuits alternatifs (transaction, délit administratif, voie civile),
–  encore par l’effet de la corruption ou du lobbying.
Sutherland va défendre une idée qui sera remise en cause par d’autres sociologues, selon laquelle cela s’avère uniquement
du fait de leur statut social élevé que les « cols blanc » arrivent à échapper de la sanction .

A ce propos, le spécialiste du crime en col blanc Pierre Lascoumes considère que le problème semble en réalité plus compliqué
que cela :

les représentations communes feraient que à moins d’être initié longtemps sur le crime en col blanc, une partie substantielle
de la population ne considérerait pas vraiment ces agissements comme des crimes, notamment du fait de leur dimension
majoritairement non violente.
L’essentiel dans l’argumentation de Sutherland semble qu’en considérant que le crime en col blanc n’était pas un crime,
les sociologues de la délinquance ont suivis une mauvaise voie qui les a conduit à chercher dans la pauvreté et le chômage
les raisons de la délinquance. Sous le prisme de l’association différentielle, les criminels en col blanc comme les criminels
de rue apprennent les techniques de délinquance en s’associant à des pairs qui normalisent ces comportements
et leurs transmettent un savoir-faire.

Si on reconnait que le crime en col blanc est de la même nature que le crime de rue,

alors l’anomie n’est pas la bonne explication car les élites ne sont certainement pas en anomie. En revanche,
le point commun c’est l’association différentielle. Donc si on pense que la délinquance est due à l’anomie c’est parce
qu’on ne prend en compte que le crime de rue et pas le crime en col blanc.
Cette théorie s’avère étendue notamment par Howard Becker dans son article « devenir un utilisateur de marijuana » :
Il montre que ceux qui consomment de l’herbe ont eu un apprentissage technique, mais aussi un apprentissage du plaisir.

Les techniques de neutralisation        (Typologie des délinquants)

Il s’agit de la troisième grande théorie développée au XXeme siècle qui a paru dans les années 1950, et on l’utilise
toujours aujourd’hui bien qu’elle ne s’avère pas aussi dominante que l’association différentielle.

À partir d’entretiens avec des détenus, les sociologues américains Gresham Sykes et David Matza

se rendent compte que contrairement à l’idée reçue, la majorité des détenus partagent le même système de morale
que la population en général : ils hiérarchisent les crimes de la même manière (Par exemple, ceux qui ont commis
des crimes sur des enfants ont une double peine car les détenus se liguent contre eux.)

Le deuxième constat de ces sociologiques semble que lorsque ces détenus se trouvent mis face à leur contradiction

entre les principes auxquels ils prétendent adhérer et les actes qu’ils ont commis, ils emploient des techniques
argumentatives qui leur servent à neutraliser l’incohérence, à faire une exception au principe.
Certains arguments s’avèrent avancés de manière récurrente : Arguments qui ressortent souvent :
le besoin (« j’avais besoin de soutenir ma famille ») ; la faute de la victime notamment en matière d’escroquerie,
de vol ou d’infractions sexuelles) ou encore le conflit de loyauté (famille / amis / hiérarchie)

Sykes et Matza mettent ensuite en lumière le fait qu’aucune de ces techniques ne se trouve propre aux délinquants :

le législateur lui-même, pour certaines catégories d’infractions, prévoit l’utilisation d’exceptions telles que la légitime défense,
l’état de nécessité, l’opportunité des poursuites, le commandement de l’autorité légitime, le trouble du discernement…
Il s’agit d’un même phénomène à l’application casuistique différente.
A la lumière de ces observations, les deux sociologues tirent une conclusion très différente des deux théories précédentes s
ur ce qui stimule et renforce les trajectoires délinquantes. Pour eux, l’exposition maximale aux techniques de neutralisation
a lieu lors du contact avec le système pénal (police, justice, administration pénitentiaire). C’est avec les techniques
de neutralisation que le système pénal se justifierait des mauvais traitements qu’il inflige.

Ces institutions demeurent humaines, elles ont comme toutes autres institutions des défauts, commettent des erreurs,

semble parfois le théâtre de choses choquantes pour un non initié : dès lors, la première fois que le délinquant rentre
en contact avec l’institution, il va se voir exposé à toute une série de justifications (par exemple, les gens qui justifient
les vols qu’ils commettent, les normes violées, les ruses employées). À force de multiplier ces contacts, ils vont enrichir
leur répertoire considérer qu’il y a plus d’exception que de principes et en quelque sorte imiter les comportements
qu’ils ont intériorisés.

A ce propos, il paraît possible de citer Nietzsche pour qui il ne faut pas s’étonner que les délinquants sortent de prison

en n’étant pas meilleurs, dans la mesure où ils y intériorisent souvent qu’il n’y a rien de mal en soi puisque tout acte
ou presque peut se contextualiser et se justifier (par l’exemple, l’idée que si des violences, mais qu’elles apparaissent
infligées par un policier, elles restent alors justifiées).
L’idée de cette théorie semble que le pire dans le système de justice pénale ne s’avère pas le contact avec d’autres
délinquants mais le contact avec des gens qui font de leur métier un exercice de la violence injustifiée.

Le criminel à travers l’institution : la criminologie critique      (Typologie des délinquants)

La criminologie critique, qui englobe la criminologie de la réaction sociale et la sociologie de l’institution pénale,

part du postulat qu’on ne peut pas déterminer qui peut apparaître un criminel sans étudier en amont ce que l’on entend
par comportement criminel.
En effet, dans les théories socio-criminelles de Sutherland comme de Sykes et Matza, émerge le sentiment d’un certain
arbitraire dans la délimitation sociale de ce qui peut ou pas se voir considéré comme une infraction, et par extension
qui s’avère ou pas criminel. Cette approche institutionnelle du délinquant consiste à étudier cette impression d’arbitraire
face à la liste de ce qui se trouve pénalisé et de ce qui ne s’avère pas.
De ce point de vue, apparaît la voie la plus intéressante pour un juriste : en effet, la question ici, une réflexion
sur la variabilité historique et géographique de la morale et de la pénalisation.

Les thématiques relatives aux mœurs semblent particulièrement parlantes :

La question de la consommation de drogues, une grande variabilité géographique se ressent en Europe
(Répression sévère en France, dépénalisation aux Pays-Bas) ; sur les questions relatives aux infractions sexuelles,
la variabilité historique s’avère particulièrement prégnante (homosexualité, adultère, âge du consentement, viol).
Alors qu’à l’inverse, on peut noter que la répression de certaines infractions comme le vol semble assez constante
dans ses modalités dans le temps et l’espace.
Cette perspective de recherches va s’appuyer sur une critique des approches précédentes par une analyse
de la politique d’approche commune aux deux traditions précédentes : la principale critique tient ici à la fois
de l’unité et de la spécificité du crime comme objet de recherche.

La question de l’unité du crime parait celle de l’objet du crime :

dans cette perspective, la nouvelle école avance l’idée selon laquelle il n’y aurait pas suffisamment de choses
en commun entre les différentes catégories de crime (à part la réaction sociale) pour élaborer ce qu’on appelait
dans les années 1950 –1960 une « théorie générale » . Il faudrait plutôt développer des approches spécifiques
aux phénomènes de violence légale et illégale , à la question des mœurs sexuelles, etc … Ce mouvement a connu
un important retentissement, puisque aujourd’hui la production scientifique sur les questions de crime comporte
peu de « criminologie » générale contre beaucoup de travaux spécifiquement axés sur violences interpersonnelles,
la délinquance juvénile, la délinquance sexuelle ou encore l’étude du terrorisme par exemple ; l’idée étant aussi
qu’à partir de ces sous objets, plus fins, les approches proposées apparaîtraient plus appropriées.

Le criminologue français Raymond Gassin

a répondu aux critiques sur l’unité en disant que nier une certaine unité dans la délinquance revient dire qu’il y a
plus de points communs entre un soldat et un meurtrier qu’entre un meurtrier et un faussaire. Là où la criminologie
classique veut expliquer le lien entre le meurtrier et le faussaire, la sociologie de la violence explique le lien entre
le meurtrier et le soldat, à savoir les origines de la violence.
En réalité, il y a des points communs dans les deux sens et ce n’est pas évident qu’il y ait plus de points communs
entre le meurtrier et le faussaire qu’entre le meurtrier et le soldat : ce sont les limites de ce raisonnement.
Dès lors, s’il n’y a pas d’unité de la question criminelle, il faudrait approcher différents types de comportements,
à réprimer légalement ou pas.

Robert Pape, politologue américain spécialiste des questions terroristes,

analyse par exemple le terrorisme en tant que stratégie militaire : il casse ainsi l’unité de la question criminelle, car c
e ne semble pas la stratégie militaire qui se voit réprimée, mais  plutôt  certaines stratégies, à l’image de l’attentat suicide.
La spécificité du crime, quant à elle, s’intéresse à l’ampleur du champ d’étude : la critique ici porte alors sur le fait
que construire une théorie du crime revient souvent à isoler les comportements criminels de tout un tas d’autres
comportements qui sont légaux mais pour lesquels la même réflexion serait possible. De ce fait, tous les crimes
n’ont pas une base commune, un objet qui les unis, il n’y aurait pas réellement nécessité de construire un modèle
spécifique aux crimes pour comprendre le criminel.

Dans cette optique, les théories qui vont avoir du succès sont celles qui vont appliquer au crime des modèles de l’action humaine.

C’est notamment le cas de Becker, économiste américain précédemment cité, va étudier le crime à travers
une analyse économique,  notamment au travers d’un article publié en 1968, « Crime and punishment: an economic approach »
qui aura un succès retentissant puisque aujourd’hui à peu près la moitié des études d’évaluation des politiques pénales
dans le monde se trouvent produites par des économistes dans la lignée de Becker. Il ne propose pas de théorie spécifique du crime,
mais considère qu’une théorie qui serait capable d’expliquer les comportements humains serait tout aussi capable d’expliquer
parmi ces comportements le comportement criminel. Il va d’ailleurs dire qu’il n’y a rien de spécial à commettre un crime, le crime a juste un prix, comme tout acte, même si est pas forcément monétaire.

La réflexion de Becker peut ainsi se décomposer en deux temps :

le premier consiste à dire ”je pense que le meilleur modèle du comportement humain c’est le modèle
de « l’acteur rationnel » ” et deuxième consiste à dire ”si cela est vrai alors le crime (ou autre phénomène social)
s’explique mieux en termes d’acteur rationnel”. Or, la plupart des auteurs qui rejettent le modèle de Becker
rejettent la première proposition posant un postulat d’acteur rationnel, pas de son application  au crime.
Par exemple, l’auteur du livre « Agir contre soi » publié en 2007, Jon Elster, soutient que le principal problème de la théorie
rationnelle est l’absence chez tout un chacun d’une volonté qui est suffisamment stable dans le temps.
(Son exemple est celui de l’épisode de l’Odyssée d’Ulysse où ce dernier se retrouve confronté aux charmes des sirènes) ;
il ne s’agit pas de dire que tout le monde est rationnel sauf les criminels, mais que tout le monde est irrationnel.

De même, si la théorie de l’association différentielle a eu tellement de succès au XX ème siècle

et continue d’avoir avoir une vitalité importante dans la recherche, c’est du fait de sa structure semblable au modèle de Becker,
dans la mesure où que ce que propose Sutherland c’est que la délinquance professionnelle se développe de la même manière
que les professions en général.
La théorie de la l’association différentielle peut s’utilise.  Par exemple, pour comprendre comment les avocats ressemblent
aux autres avocats, comment les juges ressemblent aux autres juges en s’associant à des pairs qui leurs transfèrent
un savoir technique mais aussi des valeurs, une façon de parler, un positionnement politique ou encore une façon de vivre.

Comme pour le modèle de Gary  Becker, le modèle de Sutherland s’argumente en deux temps :

premièrement la meilleure explication du développement professionnel des personnes c’est l’association différentielle,
et deuxièmement ”le crime doit être analysé comme une profession”.

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