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L’éloquence judiciaire

 
L’éloquence judiciaire
 

  • La notion de l’éloquence

 

  1. La définition de l’éloquence

 
L’éloquence est l’art de savoir s’exprimer, de réussir à communiquer sa pensée et de le faire de manière convaincante.
 
Deux moyens existent, communément utilisés pour parvenir à développer ses idées de façon à les imposer : la conviction et la persuasion. La conviction touche à la raison tandis que la persuasion touche aux émotions et aux sentiments.
 
L’éloquence c’est entre autre et peut-être principalement savoir s’adapter à son public. Un bon orateur ne peut s’exprimer de la même façon devant deux publics différents.
 

  1. Les genres d’éloquence

 
Il y a trois genres d’éloquence : délibératif, démonstratif et judiciaire.
Le premier, le genre délibératif renvoie à un discours qui a pour objet de faire choisir à l’auditoire une voie pour l’avenir. On utilise ainsi beaucoup la persuasion ou la dissuasion en fonction de ce que souhaite l’orateur. Ce genre d’éloquence se voit souvent en présence d’une assemblée publique et devant laquelle l’orateur, pour influer sur la décision, use des valeurs de l’utile et du nuisible.
 
Le second, le genre démonstratif renvoie à un discours qui a pour objet de louer ou de blâmer. Ce genre d’éloquence s’utilise lors d’un discours sur une personne déterminée. L’allocution devient alors utile pour évoquer les actions passées et s’intéresser aux potentielles actions futures au regard des actions et qualificatifs actuels.
 
Enfin, le genre judiciaire renvoie à un discours qui a pour objet de défendre ou d’accuser.
Il s’agit non plus d’apprécier les qualités ou les défauts d’une personne mais de porter un regard sur les faits qu’elle a pu commettre. L’orateur utilise alors des notions comme le juste et l’injuste pour servir la cause de l’action publique, celle de l’action privée ou celle de l’accusé ou du prévenu.
 

  • L’apprentissage de l’éloquence judiciaire

 

  1. La nécessité de l’apprentissage

 
L’éloquence judiciaire s’utilise principalement dans les prétoires par les avocats et les magistrats, en particulier ceux du parquet. Voila, la raison pour laquelle avant de savoir discourir ou plaider, il faut apprendre à parler de façon claire.
 
Il y a nécessité à pouvoir énoncer clairement une idée afin de ne pas demander trop d’effort à l’auditoire. En effet, il donne de son temps et de son attention au plaideur qui doit donc les honorer.
Les acteurs dans un procès doivent réussir à intéresser les autres acteurs afin de pouvoir, par une émulation collective, permettre de rendre une bonne justice et honorer le devoir du droit à un bon juge, un des principes directeurs du procès.
 
L’avocat particulièrement se doit viser la performance dans ces prises de parole car il ne s’agit pas simplement de pouvoir se dire bon orateur, il s’agit d’utiliser l’éloquence judiciaire comme un moyen pour représenter dignement le client. En effet, on met en cause la tête, l’honneur ou la fortune du client dans n’importe quel procès.

  1. L’apprentissage de l’éloquence au sein du cursus des acteurs de droit

 
Avant de pouvoir discourir avec éloquence, il y a nécessité à apprendre les techniques de l’art oratoire. Voila pourquoi il convient nécessaire ment de s’interroger sur le moment de cet apprentissage.
 

  1. L’école

 
Au niveau scolaire, l’éducation nationale a choisi d’apprendre aux enfants des matières plutôt que des compétences. Ainsi, les « soft skills » telle que l’éloquence ne sont pas apprises en priorité à l’enfant.
 

  1. L’université

 
S’agissant de l’éloquence judiciaire, on peut supposer que les universités de droit l’apprennent aux étudiants. Là encore, l’université n’a pas fait le choix d’enseigner l’éloquence. Le professeur enseigne à l’élève des connaissances et le raisonnement juridique. Dès lors, l’éloquence se trouve reléguée au rang d’activité d’associations étudiantes. Ainsi, des étudiants se jugent entre eux sans forcément le guide d’orateurs expérimentés. Certaines universités commencent à proposer des cours d’éloquence dans les Master 2 ou des concours de plaidoirie en Master 1.
 

  1. L’école d’avocat

 
Au niveau des écoles d’avocat, l’art oratoire se trouve un peu plus mis en exergue. Les étudiants doivent rédiger au cours de leur cursus des plaidoiries et les déclamer devant leurs camarades. De plus, trois concours s’ouvrent aux élèves avocats. La Petite Conférence reste un concours qui se déroule une fois par mois avec des sujets affichés à l’avance. Les discours s’avèrent analysés par des jeunes avocats reconnus par leurs pairs comme étant de bons orateurs. Ils prodiguent conseils et critiques constructifs afin d’aider les élèves avocats à s’améliorer.
 

Le deuxième concours d’éloquence se nomme la Conférence Berryer-Tronchet.

Lors de cet évènement une personnalité se voit invitée à présider le jury formé par les secrétaires de la conférence (voir ci-dessous). Les candidats doivent faire un discours à propos d’une question qui leur est imposée. Cette prestation subit ensuite les critiques des douze avocats formant le jury qui sont soumis eux-mêmes à une contre-critique d’anciens secrétaires.
 
Enfin, un concours d’éloquence s’avère également proposé en anglais. Il s’agit du Vis Moot. Cette compétition internationale d’arbitrage organisée par la Pace University de New York se tient à Vienne. 6 étudiants forment une équipe et doivent rédiger, entre les mois d’octobre et de janvier, des mémoires d’arbitrage en demande et en défense. L’équipe va ensuite plaider sa cause à Vienne pendant une semaine à la fin du mois de mars, devant des professionnels de l’arbitrage.

  1. Au sein du barreau

 
Une fois avocat, il n’y a pas de possibilité de participer à la Conférence du Stage. C’est un concours d’éloquence où les participants sont jugés sur les discours prononcés devant le Bâtonnier et les douze secrétaires en exercice et cela sur trois tours. Le premier tour du concours se déroule de janvier à juillet. Les 36 candidats retenus doivent se présenter au deuxième tour du concours ayant lieu à la fin du mois de septembre. Les 24 candidats retenus participent au dernier tour de la Conférence en octobre. A l’issue de ce concours on élit douze nouveaux secrétaires. Ces joutes oratoires mêlent les beaux mots à la défense d’idéaux.
 
S’agissant de la formation des avocats à l’éloquence judiciaire, la Ligue d’Improvisation du Barreau de Paris (LIBAP) proposent des exercices d’inspiration théâtrale afin de développer les capacités de communication des avocats. L’objectif de cette ligue d’improvisation est d’exercer les facultés d’adaptation et de réaction des avocats afin qu’il soit plus performant.

  1. Le théâtre

 
A côté de la formation obligatoire, que ce soit le niveau scolaire ou universitaire, ou encore à côté de la vie professionnelle, l’apprentissage et l’amélioration de l’éloquence est également possible à travers des cours de théâtre. Les cours de théâtre ne sont pas suffisants pour une bonne éloquence judiciaire mais ils peuvent être un appui de taille.
 
Les techniques oratoires peuvent en effet être développées ou améliorées par des cours de diction, de souffle, d’intonation, … Par ce biais, la forme s’en trouve améliorée et l’auditoire peut s’intéresser davantage au fond, c’est-à-dire aux arguments pour défendre ou accuser quelqu’un.
 

  1. L’apprentissage de l’éloquence judiciaire

 
Savoir discourir n’est pas inné et doit s’apprendre. « On ne nait pas orateur, on le devient » enseignait Cicéron.
 

  1. Assister à des audiences

 
Beaucoup de plaideurs conseillent aux personnes s’intéressant à l’éloquence judiciaire d’assister à des plaidoiries. Il est toujours plus facile de se rendre compte des erreurs d’autrui que des siennes et, en cela, l’écoute est un excellent moyen d’apprendre. Mais cela ne doit pas être une écoute passive. La personne souhaitant progresser doit analyser le discours qu’elle écoute, comprendre les tenants et les aboutissants et surtout essayer de s’approprier le discours entendu en réfléchissant à ce que l’orateur n’aurait pas dû ou aurait dû faire.
 
Ainsi, l’écoute de la plaidoirie n’est véritablement efficace, pour la progression de la maitrise de l’éloquence, que si l’auditoire se détache des faits particuliers de l’espèce pour comprendre le raisonnement suivi par l’avocat.
 
L’éloquence judiciaire ne consiste pas à faire croire à l’innocence du client quoi qu’il arrive. Le rôle de l’avocat est de permettre à des juges ou des jurés de pouvoir trancher de façon juste au regard des faits et du droit. Ainsi, l’éloquence judiciaire renvoyant à la défense de faits passés, l’avocat doit reprendre le contexte de l’action et développer un raisonnement pour proposer une solution appropriée. Cette solution est parfois la relaxe ou l’acquittement au pénal mais ce n’est pas toujours le cas. L’avocat peut aussi demander par exemple à ce que le client soit aidé dans sa réadaptation ou dans sa guérison.

  1. Lire des plaidoiries

 
L’éloquence judiciaire peut s’admirer dans les prétoires, voir s’apprendre grâce à l’écoute même si elle ne peut dispenser celui qui veut l’étudier à se former à l’art oratoire et à connaître les rudiments théoriques de la structure classique d’un discours.
 
La question a été longuement débattue et l’est encore aujourd’hui sur l’utilité de l’écriture des plaidoiries. Ce sujet trouve tout son intérêt à l’heure où l’on constate pléthores d’ouvrages présentant de grandes plaidoiries, au titre desquels Les grandes plaidoiries des ténors du barreau de Matthieu Aron ou encore Grandes plaidoiries & Grands procès : L’art de l’éloquence depuis le XVe siècle de Nicolas Corato.
 

Cette décision de coucher par écrit une plaidoirie vient à l’encontre de la locution latine « verba volant, scripta manent » qui peut se traduire en français par « les paroles s’envolent, les écrits restent ».

 
Dans le Livre des orateurs (1837), Cormenin considérait que « les orateurs ne doivent vivre que par les souvenirs » ou encore qu’il « faut écouter les orateurs et non les lire ». De façon plus radicale, Brunetière refusait clairement de ménager une place dans la littérature pour l’éloquence judiciaire.
 
La différence entre une plaidoirie orale et sa transcription par écrit se trouve très bien décrite par Maurice Garçon dans un essai sur l’éloquence judiciaire. La valeur d’une plaidoirie, destinée à créer une conviction au cours d’un débat, est « fonction, non seulement de la pensée et du style, mais encore de l’action, du geste, de l’atmosphère, et ils perdent la plus grande partie de leur force, et jusqu’à leur attrait lorsqu’ils demeurent figés dans un écrit ». Ainsi, si la splendeur d’une bonne plaidoirie ne peut pas lui être rendue après avoir été énoncée, elle peut néanmoins transparaitre lorsque le discours se transforme en écrit.

 

  • La pratique de l’éloquence judiciaire

 

  1. L’utilisation de l’éloquence dans les prétoires

 

L’éloquence judiciaire se trouve utilisée de façon différente en matière civile et en matière pénale.

En droit pénal, l’oralité est davantage présente et il est donc plus que nécessaire de maitriser l’éloquence pour être performant.
 
Néanmoins, l’oralité en matière civile demeure. Le code de procédure civile détermine d’ailleurs les modalités d’organisation des débats devant les juridictions civiles. Les débats sont en principe publics selon l’article 433 du code de procédure civile. Le président de la juridiction dirige les débats lors de l’audience et « donne la parole au rapporteur dans le cas où un rapport doit être fait. Le demandeur, puis le défendeur, sont ensuite invités à exposer leurs prétentions » selon l’article 439 du code de procédure civile. Ainsi, l’avocat lorsqu’il représente son client doit pouvoir le faire de façon efficace en fournissant des explications claires en droit ou en fait et pour cela il a irrémédiablement besoin d’être éloquent.
 

A fortiori, au pénal, l’avocat doit savoir maîtriser l’art de défendre.

Il doit réussir au cours de sa plaidoirie à amener le juge ou les jurés dans sa réflexion pour qu’il puisse suivre le raisonnement et juger en faveur du client de l’avocat. En matière pénale, l’avocat peut donc plaider devant des magistrats professionnels lorsqu’il s’agit d’un tribunal de police ou un tribunal correctionnel mais aussi devant des jurés en Cour d’assises, c’est-à-dire de simples citoyens qui ont été tirés au sort sur les listes électorales (voir l’article sur le jury populaire).

Dès lors, l’avocat doit savoir maîtriser l’éloquence judiciaire et réussir à adapter son plaidoyer aux personnes en face de lui et aux procédures différentes.

 
A titre d’illustration de cette différence, les modalités des débats en fonction de la gravité de l’infraction ne sont pas prévues par les mêmes articles du code de procédure pénale. S’agissant des délits, il s’agit des articles 406 et suivants du code de procédure pénale tandis que s’agissant des crimes, il s’agit des articles 306 à 354 du code de procédure pénale.
 
D’aucuns diront qu’il est plus facile de convaincre un jury que des juges professionnels. Avec un jury,  l’avocat cherche en général à toucher davantage le cœur plutôt que la raison des jurés en raison de leur méconnaissance du droit. L’utilisation de la persuasion peut donc parfois être un mécanisme plus efficace.
 
Néanmoins, le schéma de préparation du discours est le même et la détermination de l’argument principal et de ses conséquences doit être fait en amont en pénal autant qu’en civil.

  1. La préparation du discours éloquent

 

  1. La nécessité d’une préparation de la plaidoirie

 
Une bonne improvisation demeure celle bien préparée. De la même manière, l’avocat, lorsqu’il plaide pour défendre son client, connaît le dossier et a réfléchi en amont aux points à aborder. Le raisonnement n’a alors plus qu’à s’adapter au réquisitoire ou aux déclarations faîtes durant l’audience.
 
Ainsi, l’éloquence judiciaire impose toujours en amont une préparation, même si le style adopté dans la plaidoirie ne sera pas le même, pour le civil ou pour le pénal, devant des juges professionnels ou des jurés. L’effort premier de toute plaidoirie est de trouver les idées, les structurer et les agencer en un plan cohérent. Cette première ébauche s’adapteaisément lors de l’écoute du réquisitoire, aux besoins.

  1. La structure d’un discours

 
Le discours doit être utile c’est-à-dire réussir par les mots à entrainer l’auditoire dans le raisonnement du plaideur pour l’amener à sa conclusion. Dans l’éloquence judiciaire, l’objectif est de défendre ou d’accuser.
 
L’allocution doit ainsi servir la cause que l’on défend afin de gagner le procès. C’est la raison pour laquelle le discours doit bien se structurer afin de permettre à ceux qui l’écoutent, de pouvoir suivre facilement. La rhétorique propose une structure de discours clair.

Le discours commence par l’exorde. Il s’agit des premiers mots de l’orateur. L’exorde, du latin exordium, signifie « commencement ».

L’objectif de cette première étape du discours est de capter l’attention des auditeurs sur le sujet.
 
Une fois que l’attention de l’auditoire est captée, il est crucial d’annoncer la thèse afin que les personnes qui écoutent puissent savoir ce qui va être développé et comprennent le point de départ du cheminement intellectuel comme le point d’arrivée.
 
Arrive ensuite le corps du texte, avec au commencement, la narration. Le plaideur raconte ainsi les faits qui se sont déroulés, ceux qui font l’objet du litige. Cette présentation n’a pas à être neutre. L’éloquence judiciaire renvoie à une défense ou une accusation. Il est donc nécessaire que l’ensemble du discours serve l’objectif.
 

La confirmation est l’étape suivante : il s’agit de développer les arguments pour étayer la thèse.

Les arguments doivent être solides et doivent former un ensemble cohérent facile à suivre pour l’auditoire. A sa suite ou en amont, il est nécessaire de ne pas oublier la phase de réfutation. Cette étape permet à l’orateur de détruire toutes les objections déjà énoncées par la partie adverse ou avant qu’elle ne le fasse si elle parle ensuite. La particularité de cette réfutation est qu’elle doit porter, dans l’éloquence judiciaire, sur les idées développées et non sur la personne qui les émet.

La dernière étape chronologiquement, mais une des plus importantes, est la péroraison. Il s’agit de clore son discours.

L’orateur peut rappeler de manière concise l’essentiel de son propos, son argument principal qui alimente son discours, réquisitoire ou plaidoirie, mais il doit surtout réussir à marquer suffisamment son auditoire pour le convaincre définitivement. Il peut utiliser lors de la péroraison l’appel aux sentiments en utilisant la persuasion.
 
Cette structure de discours permet à l’orateur, magistrats ou avocats, de réussir à énoncer clairement ses idées et arguments afin de défendre ou d’accuser utilement. L’orateur doit utiliser cette trame pour la préparation de son discours mais doit en même temps être apte à savoir s’en détacher si besoin. D’où l’importance d’une bonne préparation en amont à l’éloquence judiciaire et aux clefs de l’art oratoire de façon plus générale. L’éloquence est peu enseignée alors que si nécessaire, une bonne idée ne valant que très peu si elle n’est pas énoncée clairement et de façon convaincante. Heureusement, nombreux sont les acteurs du droit qui s’intéressent à l’art oratoire, ce qui est de nature à voir subsister à travers les temps l’éloquence judiciaire.